Le débat public français est, depuis des décennies, le théâtre d’une guerre culturelle sourde, opposant la France des élites médiatico-culturelles à celle, plus silencieuse et angoissée, des réalités quotidiennes. Récemment, cette fracture a été mise en lumière avec une brutalité rare lors d’un échange cinglant, où l’éditorialiste Charlotte d’Ornellas a démonté, point par point, le discours de culpabilité nationale véhiculé par des figures du cinéma, à l’image du réalisateur Mathieu Kassovitz. Ce que d’Ornellas qualifie d’« esprit cannois » — un amalgame d’indignation morale facile et de déconnexion abyssale — est apparu comme le principal obstacle à un diagnostic lucide des maux profonds qui rongent la nation. L’enjeu n’est plus seulement politique, il est existentiel : le déni des faits est-il en train de paralyser la France face à la violence, au malaise identitaire et à la crise de son autorité ?
Le Faux Procès de la « France la Plus Raciste »
La controverse s’est cristallisée autour des propos de Mathieu Kassovitz, qui affirmait sans détour que « la France est plus raciste que d’autres pays » et que la difficulté d’intégration est un « combat complètement perdu d’avance ». Si l’intention du réalisateur est sans doute de dénoncer un malaise social réel, sa généralisation et son étiquetage de la France en tant que parangon du racisme mondial se heurtent à la froide réalité des chiffres, méthodiquement exposés par d’Ornellas.
Pour déconstruire ce mythe, l’éditorialiste s’est appuyée sur des enquêtes internationales précises. L’étude de 2013 publiée par le Washington Post, cherchant à établir une « carte mondiale de l’intolérance », posait une question simple et révélatrice : « Quel groupe de personnes ne souhaiteriez-vous pas avoir comme voisin ? ». L’indicateur clé, le rejet d’une personne « d’une autre race », a produit des résultats qui contredisent frontalement le réquisitoire anti-France. Loin devant la France, l’Inde arrivait en tête avec 43 % des personnes interrogées affichant ce rejet, suivie du Bangladesh (38 %) et de l’Algérie (36 %). À l’inverse, les pays les plus tolérants se trouvaient en Scandinavie, avec la Suède sous la barre des 5 % de rejet, rejoignant la Norvège, l’Islande, le Canada et l’Australie. L’indice de tolérance de la BBC en 2016 relevait quant à lui une faible acceptation de la diversité au Japon et en Corée du Sud, avec moins de 20 % de personnes favorables à la présence d’étrangers.
Ces données internationales mettent en perspective la spécificité française. La France n’est pas une anomalie, et la focalisation obsessionnelle sur son propre racisme, souvent encouragée par l’« esprit cannois », relève davantage du fétichisme de la culpabilité que d’une analyse comparative sérieuse. D’Ornellas insiste : le problème de Kassovitz est d’une « confusion ahurissante ». Comment peut-on à la fois déplorer l’échec de l’intégration et se « réjouir d’être le pays le plus intégré » ? Cette contradiction sémantique et idéologique révèle un discours qui ne cherche plus la vérité, mais l’effet.
