Honnêteté intellectuelle vs Objectivité
Le débat s’est ensuite déplacé sur le terrain de la pédagogie. Interrogé sur la manière dont il peut inculquer la neutralité alors qu’il affiche de telles convictions, Pierre Savary a préféré substituer le terme d’« honnêteté intellectuelle » à celui d’« objectivité ». Selon lui, le choix même de traiter un sujet est déjà un parti pris. Ce qui importerait, ce serait la méthode, le respect des codes, des textes et des chartes qui régissent la profession.
« Quand on est en exercice pédagogique avec des étudiants, on est sur un travail de décryptage, de méthodologie », a-t-il expliqué, assurant que ses propres opinions n’interfèrent pas dans la transmission du savoir-faire journalistique. Une défense qui n’a pas convaincu ses interlocuteurs, pour qui l’omniprésence d’un discours critique ciblant systématiquement un seul camp politique pose un problème de pluralisme au sein de la « fabrique de l’information ».
Une obsession qui interroge

L’un des moments les plus marquants de l’audition fut l’insistance du rapporteur sur le caractère unilatéral des critiques du directeur. « J’ai pris quelques temps pour regarder votre compte… Je n’ai pas trouvé le moindre tweet ou retweet qui fasse preuve du même esprit critique ou ironique à l’égard de personnalités de gauche », a cinglé le député. Cette « obsession » présumée pour la droite et l’extrême droite mettrait en péril, selon la commission, la promesse de neutralité que l’école vend à ses étudiants et aux médias qui les recrutent.
Au-delà du cas de Pierre Savary, cette audition soulève le voile sur un malaise plus profond dans les écoles de journalisme françaises. Si chaque citoyen a le droit d’avoir des convictions, la question de leur affichage public par ceux qui détiennent les clés de la formation est devenue un sujet brûlant. Dans une époque marquée par une polarisation médiatique extrême, la révélation de ces tweets agit comme un détonateur.
