Dans le paysage médiatique actuel, où le conformisme semble souvent être la règle d’or, voir une figure de proue de la culture française briser les rangs est un événement rare. C’est pourtant ce qu’a fait Fanny Ardant lors d’un échange télévisé qui restera dans les annales. Avec la distinction et la fougue qu’on lui connaît, l’actrice ne s’est pas contentée de répondre aux questions ; elle a questionné le système lui-même, renvoyant les journalistes à leurs propres contradictions et à une forme de paresse intellectuelle qu’elle nomme sans détour : la « pensée unique ».
L’Occident au banc des accusés
Le point de départ de cette joute verbale est la question, devenue presque rituelle, sur la Russie. Mais là où beaucoup auraient bégayé des excuses ou récité un script pré-établi, Fanny Ardant a choisi l’offensive. Selon elle, l’Occident se comporte en éternel « donneur de leçons », s’octroyant le droit de distribuer bons et mauvais points au reste du monde.
Elle rappelle avec une certaine ironie que cette posture morale est pour le moins paradoxale venant de nations ayant des « années de colonialisme » et un passé guerrier encore très récent derrière elles. Pour Ardant, le rôle des journalistes s’est transformé en une quête perpétuelle de diabolisation. « Ils ont toujours besoin de diaboliser quelqu’un », lâche-t-elle, soulignant que la réalité est infiniment plus complexe que le récit binaire que l’on tente de nous imposer.
La fin du monopole de l’impérialisme
L’un des moments les plus percutants de l’entretien réside dans son analyse du pouvoir mondial. Sans détour, elle accuse les médias d’être les « laquais de l’Amérique ». Pour l’actrice, l’émergence d’un contre-pouvoir, quel qu’il soit, est une nécessité salutaire. Elle avance une thèse audacieuse : l’existence de deux impérialismes vaut mieux qu’un seul monopole.
« Le pire, c’est un seul », explique-t-elle, car la domination unique empêche les peuples de réaliser l’oppression qu’ils subissent. En ayant plusieurs pôles d’influence, le citoyen peut enfin commencer à se situer et à comprendre les dynamiques de pouvoir mondiales, notamment l’impérialisme américain que beaucoup semblent avoir accepté comme une fatalité naturelle.
