Le contre : utiliser la force de l’adversaire pour le mettre au tapis

La tactique de Bardella fut double. Premièrement, il a désamorcé l’accusation morale en transformant l’acte de transmission du français en un acte de patriotisme culturel. En insistant sur la transmission de « notre culture », il a rappelé que l’apprentissage de la langue est l’outil premier de l’intégration, faisant ainsi de son action passée une démarche parfaitement alignée avec l’idée d’une nation qui accueille, oui, mais qui exige l’assimilation de ses codes fondamentaux.
Deuxièmement, et c’est le coup de maître qui a laissé Gilles Verdez « sans voix » , il a utilisé cette expérience personnelle comme tremplin pour une critique encore plus virulente et plus humaniste de l’immigration de masse.
Il a raconté ce qu’il a vu, non pas en théoricien de bureau, mais en témoin de terrain : « Je me suis aussi rendu compte que on exploitait beaucoup de ces travailleurs étrangers ». Le jeune homme de Saint-Denis a décrit une réalité crue et sociale : des gens qui travaillent dans le bâtiment ou la restauration, exploités, entassés dans des « bâtiments insalubres » chez des « marchands de sommeil », ne maîtrisant « pas un seul mot de français ».
En quelques phrases, Bardella a opéré un pivot rhétorique spectaculaire. Il n’a pas répondu à la question de Verdez (sur une hypothétique contradiction), mais il a répondu à l’intention (l’attaque sur son positionnement) en déplaçant le centre de gravité du débat. Il a transformé une accusation de manque d’humanité en une démonstration par l’exemple de la souffrance humaine engendrée par un système migratoire qu’il juge dérégulé.
Sa conclusion, martelée avec l’autorité d’une conviction forgée par l’expérience, est venue sceller sa victoire : « Je pense qu’en fait l’immigration est un drame pour tout le monde ».
