Une France coupée en deux
Cette mobilisation illustre une fracture de plus en plus profonde entre la France des « tableaux Excel » et celle du terrain. D’un côté, une technocratie qui voit dans les accords commerciaux des opportunités de croissance globale et de diplomatie économique. De l’autre, des producteurs qui se sentent utilisés comme de simples variables d’ajustement.
Le président Macron marche aujourd’hui sur une ligne de crête extrêmement étroite. S’il prône une Europe ouverte et souveraine, il doit faire face à une réalité électorale et sociale brûlante. Le monde rural, bien que numériquement moins important qu’autrefois, reste le socle de l’identité française et une force politique capable de paralyser le pays. Chaque tracteur garé sur les pavés du Touquet représente des milliers de voix prêtes à basculer dans l’opposition radicale.
L’absence qui fait parler

Ironie du sort ou timing politique, le président était absent lors de cette démonstration de force. Cette maison vide, entourée de forces de l’ordre et de paysans déterminés, devient elle-même un symbole. Elle incarne cette distance perçue par les manifestants : un président qui négocie l’avenir du pays à 10 000 mètres d’altitude pendant que ceux qui nourrissent la France se sentent abandonnés au bord du chemin.
L’incertitude demeure. Le traité Mercosur sera-t-il ratifié en douce ou définitivement enterré sous la pression populaire ? Une chose est certaine : en déplaçant le terrain de la lutte au Touquet, les agriculteurs ont prouvé que plus aucun espace n’est sanctuarisé. La colère a quitté les champs pour s’inviter dans le jardin du pouvoir. Et cette fois-ci, il ne suffira pas de beaux discours pour calmer l’incendie.
