Imaginez les grandes salles de Budapest, théâtre d’un silence électrique, puis d’une clameur déchirante. Ce n’est pas un simple discours politique qui s’est déroulé en ce mois de novembre 2025, mais un véritable manifeste de mutinerie, un cri de guerre qui a réveillé l’Europe des nations. Au centre de cette tempête, un homme : Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, qui, s’érigeant en prophète du péril, a pointé du doigt ce qu’il nomme la « tyrannie » de l’Union Européenne, fustigeant sans détour l’« empire » de Ursula von der Leyen. L’événement, le Forum annuel des Patriotes, n’était pas une tribune ordinaire ; il est devenu le point de fusion d’un mécontentement continental, le coup de semonce annonciateur d’une possible désintégration européenne.
Les mots d’Orbán ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. « Cette tyrannie prend fin maintenant », a-t-il tonné, les yeux illuminés par la conviction d’un homme qui se sent le gardien de l’âme européenne. Ses accusations sont sans appel : il reproche à la présidente de la Commission Européenne d’avoir forgé un « régime au poing de fer » qui dévore méthodiquement la souveraineté nationale, « bouchée par bouchée ». Plus qu’une critique, c’est une prophétie : l’empire de Von der Leyen va s’effondrer, et il entraînera dans sa chute le cœur arrogant d’une bureaucratie bruxelloise déconnectée. Pour la première fois depuis des décennies, le terme même d’« empire » est prononcé non pas par des extrémistes marginaux, mais par un chef de gouvernement expérimenté, et il résonne avec une force troublante dans la conscience collective.
L’Architecte de la Forteresse Europe sous le Feu des Critiques
Pour comprendre la gravité de cet affrontement, il faut revenir aux fondations du règne de Von der Leyen. Arrivée à la tête de la Commission en 2019, l’ancienne ministre allemande a rapidement été perçue par ses détracteurs comme l’architecte d’une « Forteresse Europe » : une vision d’un contrôle de plus en plus centralisé, masquée sous les atours de l’unité et de la ‘transition’. Le fameux Pacte Vert (Green Deal), vanté comme un plan industriel novateur, est dénoncé par Orbán comme une camisole de force qui « étrangle » les industries nationales par des quotas intenables. On parle de fermetures d’usines, de révoltes d’agriculteurs, de jeunes Européens fuyant un continent plombé par la dette et les diktats.
Mais les accusations ne s’arrêtent pas aux politiques. Le leadership de Von der Leyen est entaché de controverses qui « crient au conflit d’intérêts », selon le discours. Le scandale des contrats de vaccins Pfizer, négociés par de simples messages textes, sans la transparence requise, plane comme une ombre persistante. Pire, ses critiques pointent du doigt son engagement inébranlable en faveur d’une aide à l’Ukraine, canalisée, dit-on, par des « circuits opaques » qui enrichissent des entrepreneurs de la défense, tandis que les appels de la Hongrie pour la sécurité de ses propres frontières tombent dans l’oubli.
Le système lui-même est mis en cause. Orbán dénonce le pouvoir colossal détenu par les quelque 32 000 commissaires et fonctionnaires non élus qui dirigent l’UE, un « système conçu pour le contrôle, et non pour le consentement ». Les Parlements nationaux, piliers de la démocratie, seraient réduits à de simples « chambres d’enregistrement » des décisions prises à Strasbourg et à Bruxelles. Pour le leader hongrois, Von der Leyen n’est plus la chef de l’Europe, mais une « surveillante, une reine sans couronne exigeant un tribut » pendant que les peuples souffrent des conséquences de ses choix.