


D’abord relativiser : si effectivement l’actif professionnel des « 500 » a été multiplié par 14 en trente ans, ce chiffre retombe à 9 hors inflation, une évolution finalement pas si éloignée de la progression du patrimoine de l’ensemble des Français, qui a quintuplé sur la même période.
Ensuite démontrer : l’exemple de la famille Hermès, première fortune de France désormais, éclaire parfaitement le débat. En cas d’application de la taxe Zucman, il lui faudrait sortir 3 milliards d’euros (2 % de 150 milliards). Or, elle ne dispose que de 1 milliard de dividendes après impôts. Elle devrait donc abandonner au fisc chaque année un prélèvement confiscatoire de 2 milliards. Pour les licornes de la tech, la situation serait encore plus « kafkaïenne », selon Philippe Corrot, le cofondateur de Mirakl : compte tenu d’actifs illiquides, il faudrait « vendre nos parts à bas prix pour s’acquitter d’un impôt sur une richesse virtuelle ».
Malgré ces solides arguments, la pédagogie est ardue, car le débat entre économistes fait rage. Même le pondéré Patrick Artus défend l’objectif de Zucman au détour de sa chronique, au motif qu’il faut combattre une économie de rentiers. Peut-être son collègue Christian Saint-Etienne mettra tout le monde d’accord, relevant avec malice, dans Les Echos, que « choisir d’appliquer la taxe d’abord dans le pays subissant la fiscalité la plus élevée au monde ne relève pas de la théorie économique, mais de la psychanalyse collective ».•