
L’or libanais (42,4 mds €) : bouée de sauvetage ou dernier recours ?
Limiter le choc financier
Pendant que les autorités s’écharpent sur l’avenir de l’or du pays, de nombreux déposants libanais qui ont perdu la majeure partie de leur épargne dans les banques se tournent désormais vers l’or et l’argent, afin de détenir quelque chose de tangible, en espérant même compenser une partie de leurs pertes.
Récemment, des foules se pressaient devant le principal négociant en métaux du Liban, dans la banlieue nord de Beyrouth, des clients désespérés d’entrer pour acheter pièces, médaillons et lingots d’or et d’argent.
Ils n’ont plus confiance dans les banques et tentent de s’en sortir au milieu d’une économie informelle chaotique, rongée par une inflation incontrôlée et l’absence totale de réformes sérieuses à l’horizon.
« Pour ceux qui cherchent à rattraper leurs pertes, l’or n’est pas une simple valeur refuge : c’est le seul refuge », affirme Chris Boghos, directeur général de Boghos SAL Precious Metals.
Les affaires sont florissantes : les clients paient désormais à l’avance pour recevoir leur métal plusieurs mois plus tard, tant la demande est forte.
Le Liban traîne une histoire tourmentée dans une région volatile, marquée par de nombreux conflits et chocs économiques, et peu de confiance dans la possibilité de corriger un jour les déséquilibres structurels.
« Les Libanais ont toujours eu ce réflexe d’acheter de l’or pour se couvrir contre une éventuelle inflation, car c’est un pays qui a connu plusieurs épisodes d’hyperinflation dans son histoire », explique Sami Zoughaib, économiste au sein du groupe de réflexion beyroutin The Policy Initiative.
Selon Zoughaib, cette évolution se fait d’autant plus naturellement que la région a une longue tradition : le marié ou sa famille offre des bijoux en or à la future épouse avant le mariage, en guise de patrimoine personnel, y compris dans les familles aux revenus modestes.
Cette tradition reste très vivace, même si de nombreuses femmes sont désormais entrées sur le marché du travail.
Devant l’un des marchés de l’or de Beyrouth, Alia Shehade flâne le long des vitrines.
Elle confie qu’en tant que femme, sa collection de bijoux en or la fait se sentir en sécurité au cœur de la crise financière, évoquant un proverbe arabe qui se traduit approximativement par « parure et trésor ».
« Si une femme traverse une période difficile… elle peut vendre son or. Et quand les prix de l’or montent, c’est elle la gagnante », dit-elle. Mais elle refuse de vendre les siens.
Face à la réticence à vendre l’or, tant chez les citoyens que chez les autorités, Zoughaib estime : « Cela montre à quel point ce métal est important dans la psychologie des gens.
Ils ne parviennent même pas à imaginer un usage de l’or autre que celui de protection ».