La menace de sanctions et le spectre du “ItalExit”
Bruxelles n’a pas tardé à réagir. Von der Leyen a menacé l’Italie de sanctions, de gel de fonds, et même de l’activation de l’article 7, qui pourrait priver l’Italie de ses droits de vote. Mais cette riposte ne fait que renforcer le récit victimaire de Meloni. Les sondages montrent qu’en cas de menace extérieure, deux fois plus d’Italiens se rallient à leur gouvernement.
L’humeur en Italie bascule. Il y a six mois, peu d’Italiens auraient envisagé un référendum sur l’UE. Aujourd’hui, ils sont 42%. Une sortie de l’Italie, le “ItalExit”, serait un tremblement de terre pour l’Union, car son économie est trois fois plus grande que celle de la Grèce. La panique grandit à Bruxelles, car un conflit avec l’Italie pourrait détruire les alliances en matière de défense, de migration et de numérisation. Même au sein du PPE, la plus grande faction au Parlement européen, les députés italiens se rangent derrière Meloni.
L’Espagne, la Pologne, la Hongrie, même la Suède et le Danemark, observent attentivement la résistance de Meloni, applaudissant sa détermination. Des think tanks analysent déjà un retrait partiel de l’UE. Mais un référendum nécessite une majorité des deux tiers au Parlement, un défi de taille pour Meloni. Poussera-t-elle ce référendum avant les élections anticipées pour exploiter la lassitude vis-à-vis de l’UE ? Chaque option est un jeu avec le feu.
Quel avenir pour l’Europe ?

La confrontation entre Rome et Bruxelles est une bataille pour l’identité, le contrôle et l’avenir de l’Europe. Pour les Italiens, il s’agit d’emplois, de retraites, de la vie quotidienne. Mais la question est bien plus vaste : l’UE peut-elle survivre si les États membres exigent leur souveraineté, ou le projet est-il condamné à l’échec ?
Les critiques des politiques migratoires de Meloni avertissent que ces lois strictes pourraient affaiblir la position de l’Italie dans l’UE et conduire à une crise humanitaire massive si les migrants continuent d’arriver malgré tout. Amnesty International crie aux abus humanitaires, et Human Rights Watch dénonce une “externalisation immorale” des frontières. Le projet des centres de rétention en Albanie, censés traiter 6 000 demandes d’asile par an, a vu ses coûts initiaux exploser, dépassant les prévisions et faisant grincer des dents les contribuables italiens. De plus, la Cour de justice de l’UE a jugé illégale la liste italienne des pays sûrs, rendant les transferts vers l’Albanie quasi impossibles.
Pourtant, malgré ces obstacles, pour les Italiens, ces centres, même vides, symbolisent la volonté de ne plus être le tapis d’accueil de l’Europe. Les organisations non gouvernementales sont dans le viseur : Sea Watch a vu son navire Aurora détenu pour 60 jours en Sicile, accusé de violation du code de conduite, tandis que d’autres ont écopé d’amendes salées. Meloni maintient que ces navires sont des “facteurs d’attraction” qui encouragent les passeurs. La Cour constitutionnelle italienne a d’ailleurs validé ces sanctions en juillet, un revers pour les ONG mais une lueur pour les réformistes.
L’Italie de Giorgia Meloni nous montre comment protéger les frontières et défendre les intérêts nationaux. Pendant que l’Allemagne “envoie des brochures”, l’Italie “envoie des bateaux”. Le duel est lancé, et il pourrait redéfinir la carte politique du continent. Qui cédera le premier, Meloni ou Bruxelles ? L’avenir de l’Europe en dépend.
