« Nos corps paient le prix » : en Patagonie, les pompiers défient feux et austérité

Pourquoi les pompiers peinent-ils à suivre

Un rapport de 2023 de l’Administration des parcs nationaux recommande le déploiement d’au moins 700 pompiers pour couvrir l’ensemble des zones dont elle a la charge. L’organisme n’en emploie aujourd’hui que 391, après avoir perdu 10 % de ses effectifs en raison de licenciements et de démissions au cours des deux dernières années sous la présidence Milei.

Les coupes dans le budget du Service national de gestion des incendies ont réduit les capacités de formation et le nombre d’équipements disponibles, expliquent les pompiers, contraints pour beaucoup de se contenter de combinaisons de protection d’occasion et de matériel donné.

Les responsables du parc de Los Alerces assurent qu’ils ont toujours manqué de moyens, quels que soient les gouvernements, et affirment qu’aucune pénurie de ressources ne compromet la lutte contre le brasier.

« Il est toujours facile de critiquer », rétorque Luciano Machado, chef de la division incendies, communication et urgence de l’Administration des parcs nationaux. « Ajouter des avions ne suffit pas toujours à améliorer la situation. Et pour augmenter le nombre de pompiers, il faut davantage de nourriture, d’abris et de rotations. »

Mais les pompiers des parcs nationaux, poussés à l’extrême de leurs forces, soulignent que les rangs se dégarnissent sans cesse, non seulement du fait des licenciements, mais aussi en raison des démissions provoquées par des salaires de misère qui n’ont pas suivi l’inflation.

Un pompier moyen dans les parcs de Patagonie gagne moins de 600 dollars (environ 508 euros) par mois. Dans les provinces où la vie est moins chère, le salaire mensuel tombe sous la barre des 450 dollars (381 euros). Un nombre croissant de pompiers affirment devoir cumuler les emplois, comme jardiniers ou ouvriers agricoles.

« De l’extérieur, on a l’impression que tout continue de fonctionner, mais ce sont nos corps qui paient », souligne Mondino. « Quand quelqu’un s’en va, ceux qui restent portent une charge plus lourde, dorment moins et travaillent plus longtemps. »

L’attitude de Milei, comme si de rien n’était, face au brasier

Pendant un mois, alors que les forêts brûlaient, Milei est resté quasiment silencieux sur les incendies et a poursuivi son agenda comme si de rien n’était. La semaine dernière, alors que les gouverneurs provinciaux le suppliaient de décréter l’état d’urgence pour débloquer des fonds fédéraux, il dansait sur scène avec son ex-compagne sur des ballades rock argentines.

Cette image sous forme d’écran partagé a offert à ses opposants une munition politique de choix. « Pendant que la Patagonie brûle, le président s’amuse à chanter », fustige le député centriste Maximiliano Ferraro. Des partis d’opposition de gauche ont organisé des manifestations dans plusieurs provinces.

Jeudi, Milei a fini par céder, décrétant l’état d’urgence, ce qui a permis de débloquer 70 000 dollars (59 000 euros) pour les pompiers volontaires et d’annoncer sur les réseaux sociaux « une lutte historique contre le feu ».

Ce week-end, dans un camp de base, des médecins bénévoles s’affairaient autour de pompiers aux yeux rougis, soignant gorges irritées, jambes douloureuses et sinus enflammés. Certains espéraient l’arrivée de renforts. D’autres balayaient le décret d’un revers de main, le jugeant purement symbolique. Tous, en contemplant les arbres calcinés qui mettront des générations humaines à se régénérer, ne pouvaient s’empêcher de penser à tout ce qui avait déjà été perdu.

« C’est douloureux, car ce n’est pas seulement un beau paysage, c’est notre lieu de vie », confie Mariana Rivas, l’une des bénévoles. « Il y a de la colère pour tout ce qui aurait pu être évité, et de la colère aussi parce que chaque année, la situation empire. »