« On a vécu l’enfer »… L’obligation alimentaire, une « double peine » pour les enfants victimes de parents défaillants

« Attendre qu’elle meure »

Des dispenses d’obligation alimentaire sont possibles. La loi Bien-vieillir prévoit notamment des exemptions pour les enfants qui ont été placés pendant au mois trente-six mois – « consécutifs ou non » – avant leur majorité, ou ceux dont l’un des parents a été condamné comme auteur, coauteur ou complice d’un crime ou d’une agression sexuelle commis sur l’autre parent. Un recours reste également possible devant un juge des affaires familiales. Les descendants doivent prouver la défaillance. Une démarche lourde, voire impossible.

« Je n’ai rien : aucune preuve, aucun témoignage, je n’ai que ma parole, explique Anne-Laure. Je vis avec tous les jours, en essayant de ne pas trop y penser. Mais je n’ai aucune solution à part attendre qu’elle meure ». Cette situation bouleverse toute la vie de la quinquagénaire. Elle ne peut par exemple pas vivre avec son compagnon, sinon quoi les revenus de ce dernier seront pris en compte dans le calcul de l’obligation alimentaire.

Une caisse de vieillesse ?

En France, un enfant sur quatre est victime d’un moins un parent défaillant, avance Marine Gatineau Dupré. Et les demandes d’obligation alimentaires représentent 100.000 dossiers par an. « Et entre 3.000 et 4.000 procédures auprès du juge des affaires familiales, précise-t-elle. Mais ceux qui entreprennent la démarche ont des moyens, des preuves… Nous nous battons aussi pour les autres ». Elle plaide pour la création d’une caisse individuelle et solidaire de vieillesse, « afin que chacun cotise pour soi et arrête de faire peser cette charge sur ses enfants ».

Le collectif a aussi travaillé avec le sénateur Xavier Iacovelli (de la formation Territoire de progrès appartenant à la majorité présidentielle) auteur d’une proposition de loi – rejetée en octobre – pour libérer de cette obligation les enfants victimes de parents défaillants. « Il faut que l’Etat reconnaisse que cette loi n’est plus d’actualité », martèle Julie. Une pétition en ligne a déjà récolté plus de 27.000 signataires. En attendant, les victimes multiplient les témoignages, pour alerter et exorciser la douleur. « J’ai construit ma vie toute seule, juste avec le soutien de ma fille, dit Anne-Laure. Et même après tout ça, l’obligation alimentaire nous replonge dans le désarroi ».