Une justice à deux vitesses ?

Pendant que les caméras se focalisent sur les assistants parlementaires du RN, une autre réalité, bien plus sombre, émerge des cours d’appel. Le procureur général d’Aix-en-Provence a récemment tiré la sonnette d’alarme : cette année, 19 accusés criminels, dont certains poursuivis pour viol, vont être remis en liberté. La cause ? L’incapacité du système judiciaire à les juger dans les délais légaux.
Le contraste est saisissant, pour ne pas dire récalcitrant. D’un côté, des années de procédure et des moyens colossaux mobilisés pour déterminer si un assistant parlementaire a travaillé pour Bruxelles ou pour Paris — des faits que certains qualifient de « dérisoires » ou de « querelles de clocher ». De l’autre, des victimes de crimes graves qui voient leurs agresseurs présumés sortir de prison sans procès parce que les magistrats sont débordés.
La crise de confiance des Français
Ce décalage nourrit un sentiment de partialité croissant au sein de la population. Selon les derniers sondages, 64 % des Français considèrent que la justice n’est pas impartiale. Le sentiment que l’appareil judiciaire est utilisé à des fins politiques, ou qu’il se perd dans des subtilités morales au détriment de la sécurité publique, fragilise le pacte républicain.
« On a l’impression que peu importe les éléments concrets, c’est l’interprétation qui prend le dessus », déplorent certains techniciens du droit. L’approche partisane de certains jugements, où la morale semble primer sur la preuve juridique, est dénoncée comme étant contre-productive et destructrice pour l’image de l’institution.
Vers une réforme nécessaire ?
Face à l’engorgement des tribunaux, des voix s’élèvent pour proposer des solutions pragmatiques, comme l’extension du « plaider-coupable » (la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité) aux matières criminelles. Cette procédure, qui permet de désengorger les tribunaux correctionnels, pourrait éviter que des criminels ne soient libérés pour des raisons de délais.
En attendant, le délibéré sur les questions procédurales du procès Le Pen est attendu avec impatience. Au-delà de la stratégie de défense et des joutes verbales entre avocats et procureurs, c’est la crédibilité d’un système entier qui est sur le banc des accusés. La justice saura-t-elle prouver son indépendance vis-à-vis des sensibilités personnelles de ceux qui la rendent ? Le verdict de l’appel sera, à cet égard, un test de vérité.
