Le paysage politique français est habitué aux joutes verbales, mais certains échanges marquent une rupture nette, un basculement où le fond disparaît derrière la puissance du “clash”. C’est précisément ce qui s’est produit lors de la confrontation entre Charles Consigny, avocat médiatique et figure de la droite intellectuelle, et Jordan Bardella, président du Rassemblement national. Ce qui devait être un débat d’idées s’est transformé en un véritable KO politique, où l’arrogance supposée de l’un s’est heurtée à la réalité mathématique de l’autre.
L’attaque : Le procès en illégitimité
Tout commence par une offensive minutieusement préparée par Charles Consigny. L’avocat, connu pour son verbe acéré, choisit de frapper là où il pense que le bât blesse : le curriculum vitae. Selon lui, la politique française a subi une dégradation qualitative. Il évoque l’époque de Valéry Giscard d’Estaing, peuplée d’ingénieurs et de technocrates de haut vol, avant de glisser vers l’ère actuelle qu’il qualifie avec mépris d’époque des « Instagrammeurs ».
En rangeant Jordan Bardella (et Gabriel Attal au passage) dans cette catégorie, Consigny ne critique pas seulement une stratégie de communication ; il remet en question la capacité de l’homme politique à gouverner. Pour l’avocat, Bardella est une image, un produit de marketing sans épaisseur technique ni expérience de la vie réelle. « Comment pensez-vous pouvoir gouverner des gens alors que vous n’avez aucune expérience d’aucune réalité concrète et difficile ? », lance-t-il, persuadé d’avoir acculé son adversaire.
La riposte : Le poids des urnes contre l’éloquence des prétoires
La force de Jordan Bardella dans cet échange réside dans son calme olympien. Plutôt que de s’épuiser à justifier ses diplômes ou son passé professionnel, il utilise une arme redoutable : le résultat électoral. Alors que Consigny termine son réquisitoire, Bardella manipule son téléphone portable. Ce n’est pas par désintérêt, mais pour préparer une contre-attaque chirurgicale.
« J’étais en train de regarder le score que vous avez fait la dernière fois que vous vous êtes présenté à une élection », réplique-t-il avec un sourire en coin. Le verdict tombe : 12 %, une quatrième place synonyme d’élimination dès le premier tour pour l’avocat. Le contraste est brutal. Face aux 32 % obtenus par le RN aux élections européennes et aux 11 millions de voix des législatives, l’argument de l’illégitimité change de camp.
Bardella assène alors le coup de grâce : en démocratie, le juge n’est ni l’avocat de plateau, ni le journaliste, mais l’électeur. En opposant son succès populaire à l’échec électoral de son contradicteur, il transforme Consigny en un représentant d’une élite déconnectée, incapable de séduire le peuple qu’elle prétend comprendre.
