L’ascension fulgurante de Jordan Bardella au sein du Rassemblement National (RN) ne cesse de bousculer les codes de la politique française. Alors que l’horizon 2027 se dessine, une question cristallise toutes les tensions : son âge. À 30 ans aujourd’hui, et potentiellement 32 ans lors de la prochaine élection présidentielle, le président du RN affiche une assurance qui déroute ses adversaires et fascine ses partisans. Mais cette précocité est-elle un atout de modernité ou un handicap de crédibilité ?
La stratégie du “miroir inversé”
Lors de récentes interventions, notamment sur le plateau des “Grandes Gueules” de RMC, Jordan Bardella a pris les devants face aux critiques sur son manque d’expérience. Son argumentaire est rodé : il affirme accomplir à 30 ans ce que la plupart des politiciens atteignent à 50. Élu parlementaire européen à 23 ans, vainqueur de deux élections européennes et chef du premier parti de France, il balaie les doutes d’un revers de main. Mieux encore, il retourne l’argument de l’âge contre ses aînés. Pour lui, avoir passé trente ans dans les couloirs du Sénat n’est pas un gage de réussite, pointant du doigt la dette abyssale de 3 000 milliards d’euros laissée par les générations précédentes. “Je préfère qu’on me dise aujourd’hui que c’est trop tôt plutôt qu’on vienne me dire dans quelques années que c’est trop tard”, lance-t-il avec une formule qui a déjà fait mouche.
Le manque de “cicatrices” : Le procès en illégitimité
Pourtant, cette assurance ne convainc pas tout le monde. Sur les plateaux de débats, les critiques fusent, parfois avec une virulence rare. Jérôme Marty, chroniqueur emblématique, pointe ce qu’il appelle l’absence de “cicatrices”. Pour ses détracteurs, Bardella incarne une forme d’endogamie politique : un homme qui n’a jamais connu le monde de l’entreprise, n’a jamais créé d’emploi, et n’a jamais été confronté à la “vraie vie” d’un ouvrier ou d’un artisan.
Cette critique souligne une rupture avec la tradition républicaine où l’accession à la magistrature suprême exigeait souvent un passage par des ministères régaliens comme les Finances ou l’Intérieur. Bien qu’Emmanuel Macron ait brisé ce plafond de verre en 2017, la comparaison est à double tranchant. Si Macron a prouvé qu’un jeune profil pouvait l’emporter, il est aujourd’hui accusé par certains d’avoir ouvert la voie à des “personnages narcissiques” qui s’admirent dans le miroir médiatique.
