L’arène médiatique française est rarement le théâtre de joutes aussi révélatrices que celle qui a récemment opposé Jordan Bardella à la journaliste Natacha Polony. Dans un échange où la tension était palpable, le président du Rassemblement National (RN) a non seulement défendu son bilan, mais a surtout entrepris de déconstruire ce qu’il qualifie de “mensonges” et d’approximations journalistiques. Ce débat, au-delà de la simple confrontation politique, a mis en lumière des visions diamétralement opposées de l’avenir économique de la France et de sa place au sein de l’Union européenne.
L’illusion du salaire minimum européen
L’un des moments les plus marquants de l’échange a porté sur la directive européenne concernant un salaire minimum vital. Natacha Polony a accusé le groupe de Jordan Bardella d’avoir voté contre une mesure qui aurait bénéficié à 25 millions de citoyens européens. La réponse de Bardella fut immédiate et pédagogique. En rappelant que le coût de la vie en Bulgarie ou en Roumanie n’a aucune commune mesure avec celui de la France, il a dénoncé une tentative d’uniformisation forcée.
Selon les données d’Eurostat citées en appui de son argumentation, l’indice du niveau des prix place la France à 111 contre seulement 60 pour la Bulgarie. Imposer un standard unique reviendrait, selon lui, à ignorer les réalités structurelles de chaque nation. Pour Jordan Bardella, le fédéralisme européen ne doit pas se faire au détriment de la souveraineté sociale de la France, surtout quand les standards français sont parmi les plus protecteurs au monde.
La lutte contre la fraude : une question de nuance budgétaire
La journaliste a également tenté de fragiliser la position du RN sur la lutte contre la fraude fiscale et sociale, affirmant que le parti s’était opposé au renforcement de TRACFIN. Ici encore, Bardella a apporté une nuance cruciale : le rejet d’un budget global ne signifie pas le rejet de chaque mesure individuelle. Il a notamment cité l’amendement porté par Jean-Philippe Tanguy visant à recruter 2 500 agents supplémentaires pour la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) sur cinq ans.
Cette précision vise à démontrer que le RN ne s’oppose pas à la justice fiscale, mais refuse de valider des textes budgétaires qu’il juge globalement nocifs pour les Français. En rappelant que son camp a voté pour la baisse des impôts de production, contrairement à la majorité présidentielle et aux Républicains, il se positionne comme le défenseur de la “France du travail” face à une technocratie qu’il juge déconnectée.
