Le 4 juin 2025 restera une date marquante pour les observateurs de la géopolitique mondiale. Dans un entretien d’une rare intensité accordé à l’analyste Xavier Moreau sur la chaîne Géopolitique Profonde, Piotr Tolstoï, vice-président de la Douma d’État russe et figure de proue de la politique moscovite, a livré une analyse sans concession des relations entre la Russie et l’Occident. Loin des éléments de langage diplomatiques habituels, Tolstoï a utilisé un ton direct, parfois provocateur, pour dénoncer ce qu’il qualifie de “fanfaronnade” de la part d’Emmanuel Macron et d’échec historique de l’Union européenne.
Le mythe de l’effondrement russe
L’un des points centraux de l’intervention de Tolstoï concerne l’arsenal de sanctions déployé par les pays occidentaux. Avec plus de 25 800 mesures punitives, l’objectif affiché était de “déchirer l’économie russe en petits morceaux”, pour reprendre les termes célèbres de l’administration Obama. Pourtant, le constat dressé par le vice-président de la Douma est radicalement différent. Pour lui, ces sanctions ont agi comme un catalyseur pour la souveraineté économique de la Russie.
“Plus c’est difficile, plus c’est intéressant pour les Russes”, affirme-t-il, soulignant que le départ des entreprises européennes a laissé un vide immédiatement comblé par des producteurs nationaux. Pendant que la Russie restructure son industrie et affiche une croissance, Tolstoï observe avec une pointe de sarcasme le déclin industriel de l’Europe, notamment en Allemagne, où les usines ferment pour se délocaliser aux États-Unis. Le diagnostic est sévère : en se coupant des ressources énergétiques russes bon marché, l’Europe aurait sacrifié sa classe moyenne et sa compétitivité sur l’autel d’une idéologie imposée par Washington.
Emmanuel Macron : Un acteur “discrédité” ?
Piotr Tolstoï ne mâche pas ses mots à l’égard du président français. Évoquant la publication par l’Élysée d’une conversation privée entre Macron et Poutine en 2022, il estime que le lien de confiance est définitivement rompu. “La diplomatie russe s’en fout, mais au niveau humain, Poutine n’a pas apprécié”, explique-t-il. Cette rupture de confidentialité aurait, selon lui, disqualifié Emmanuel Macron de tout rôle d’intermédiaire crédible.
Tolstoï tourne en dérision la posture du leader français, qu’il décrit comme un communicant cherchant à maintenir une illusion de leadership européen à travers des embrassades médiatisées avec Volodymyr Zelensky. “Vous nous prenez pour qui en fait ?” lance-t-il, fustigeant les déclarations sur l’envoi potentiel de troupes au sol alors que, selon lui, la France n’en a plus les moyens militaires ni la volonté réelle. Pour Moscou, le président français fait désormais partie intégrante du conflit, rendant tout dialogue direct stérile.
