Le « Choc Culturel » Face au Pluralisme Timide
Le malaise est tel que même le simple fait d’introduire un brin de pluralisme déclenche des réactions de panique au sein de la rédaction. Lorsqu’il fut décidé d’accorder un temps d’antenne dérisoire — seulement 2 % du temps total de la matinale quotidienne — à des journalistes issus de publications perçues comme moins alignées (comme Le Figaro, Marianne et Le Point), cela fut immédiatement qualifié par la rédaction de « choc culturel ».
Le segment, visiblement embarrassant pour l’équipe, fut même intitulé « en toute subjectivité » pour prévenir les auditeurs que le contenu allait s’écarter de la ligne habituelle. Une telle réaction montre un environnement médiatique si uniforme et endogène que la simple présence d’une opinion légèrement divergente est perçue comme une intrusion traumatisante. Le véritable « choc culturel » est peut-être pour les auditeurs qui découvrent à quel point leur radio publique vit dans une bulle idéologique hermétique.
Quand l’Idéologie Remplace la Science et l’Humanité
La justification du parti pris par la direction de France Inter est de se poser en « défenseurs de l’environnement, des droits des femmes, de la démocratie ». Or, l’analyse révèle une application à géométrie variable de ces nobles principes.
Concernant l’environnement, une charte de 2022 impose l’interdiction de discuter du climat et de son origine humaine, car cela est considéré comme un « fait scientifique établi ». La rigueur scientifique ne s’applique pourtant pas de la même manière à tous les sujets. Quelques semaines plus tard, une journaliste de Médiapart est invitée à l’antenne pour qualifier le nucléaire – une technologie d’ingénierie – d’« incarnation et célébration du Patriarcat », le décrivant comme une « énergie brutale, hiérarchique, opaque ». Ce décalage est sidérant : on impose un silence dogmatique sur le climat, tout en offrant une tribune à une analyse qui relève de l’essayisme militant le plus subjectif sur le nucléaire.
Sur la question des droits des femmes, le même filtre idéologique opère. L’analyse pointe la différence de traitement entre les victimes qui « rentrent dans la grille » et celles qui n’y sont pas invitées. La radio publique a choisi de passer sous silence le témoignage d’une femme, agressée par un migrant sous OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), qui a raconté son calvaire sur une chaîne concurrente. Le fait que l’agresseur ait été sous le coup d’une mesure d’expulsion rend cette affaire politiquement sensible, et c’est précisément cette « sensibilité » qui semble la disqualifier de la tribune publique. En sélectionnant les souffrances légitimes en fonction de leur utilité politique, France Inter trahit la cause des droits des femmes qu’elle prétend défendre, illustrant que seule la narration qui conforte l’idéologie dominante est digne d’être diffusée.
