Le Piège de la Posture Victimaire
Face à l’offensive, Nick Conrad s’est retranché derrière l’argumentaire classique du trauma et de l’expérience vécue. Il a insisté sur le fait que ses paroles sont le reflet d’une souffrance, d’un « vécu qui est le [sien] » dans un pays où l’on n’est « pas forcément toujours accepté, toujours reconnu ». Il prétend que l’intention derrière son œuvre est d’engager une « conversation de l’histoire commune que nous partageons » et d’amener à une prise de conscience de « l’histoire de l’autre ». Selon lui, ses mots expriment une « tension qui est française ».
Le point culminant de cette défense est arrivé à la fin de l’interview, où Conrad a révélé l’origine de l’idée de « tuer des bébés blancs » : il l’aurait écrite pour son meilleur ami, enfant métis que son beau-père blanc aurait tenté d’étouffer en raison de ses origines. L’acte serait alors un « effet miroir », une tentative de faire ressentir l’empathie à travers l’horreur.
Cette justification, bien que visant à humaniser l’auteur, a été balayée par Charlotte, qui y a vu une « posture victimaire qui est insupportable ». Elle a dénoncé une « dialectique convenue de toutes les minorités qui se disent naturellement agressées, discriminées par la société française » et qui s’en servent pour « se faire du fric avec ça ».
L’éditorialiste a pris le temps de déconstruire l’argumentaire historique du rappeur, notamment sa comparaison implicite avec les États-Unis. Contrairement à l’Amérique, qui a institutionnalisé la ségrégation raciale par les lois Jim Crow pendant près d’un siècle, la France n’a jamais, par ses lois sur le territoire métropolitain, institué un système juridique de ségrégation. La Constitution garantit l’égalité de tous devant la loi sans distinction d’origine, de « race » ou de religion depuis 1789, la seule exception notable étant le Code de l’indigénat appliqué dans les colonies, mais jamais en métropole. L’histoire de la France, bien qu’imparfaite, est fondamentalement différente de celle des États-Unis, et le rappeur, selon l’interviewer, « invoque l’histoire de ce pays sans la connaître ».
