La Grand-Mère de l’Hexagone
L’échange a atteint un paroxysme d’émotion lorsque Charlotte est passée de l’argument légal à l’attaque personnelle, transformant le débat politique en une affaire de cœur et d’identité. Reprenant une autre phrase de Conrad : « J’ai baisé la France jusqu’à l’agonie, cette Hexagone, j’encule sa grand-mère », elle a opposé son propre vécu : « Moi aussi je suis française, je suis née dans ce pays voyez-vous et quand j’entends ça… en fait la grand-mère de cette Hexagone c’est la mienne voyez-vous ».
Cette réplique, simple mais puissante, a réintroduit l’élément humain dans un débat intellectualisé sur la sociologie et l’histoire, obligeant le rappeur à faire face à la réalité de ses propos : en insultant la France, il insulte l’identité et les aïeux de millions de citoyens, y compris son interlocutrice. La conclusion est tranchante : « Si ce pays est insupportable et que vous avez envie d’enculer sa grand-mère comme vous dites, mais la porte est ouverte en fait ». C’est une invitation à la dénaturalisation, même si Charlotte a dû reconnaître que les procédures de retrait de nationalité sont très strictement encadrées en droit français et ne concernent que des cas précis (terrorisme, etc.) et des individus possédant une double nationalité, pour éviter l’apatridie.
Le refus du rappeur d’assumer pleinement ses mots est également souligné, l’intervieweuse rappelant ses propos tenus à la sortie du tribunal : « Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit, je ne le regrette pas, je le pense vraiment ». Cette dénégation de tout repentir a servi de socle à la violence de Charlotte, qui a martelé que le rappeur alimente la victimisation au lieu de la combattre. Même si l’ascenseur social est en panne en France, surtout pour les jeunes de banlieue, les paroles du rappeur restent « parfaitement inadmissible » et tombent « sous le coup de la loi ».
