Comment bien taxer les ultra-riches ? Le face-à-face intégral entre Zucman et Aghion

Alors que la France débat de l’impôt sur les grandes fortunes, France Digitale a improvisé mercredi 17 septembre un face à face inédit : Gabriel Zucman, économiste et promoteur d’une taxe minimum de 2 % sur les ultra-riches, contre Philippe Aghion, figure de la pensée « pro-innovation ». Cette taxe enflamme l’écosystème de la tech française depuis plusieurs jours. L’association des startuppeurs et investisseurs a donc voulu hausser le niveau, sortir des slogans et confronter deux voix qui comptent.

Déjà raconté dans nos colonnes, ce débat mérite d’être publié dans son intégralité. D’abord parce qu’il oppose deux économistes français de premier plan, écoutés dans le monde entier, sur une question aussi politique que technique. Ensuite parce qu’il éclaire, au-delà des punchlines, leurs lignes de fracture : pour Gabriel Zucman, directeur de l’observatoire européen de la fiscalité, la justice fiscale est un impératif démocratique. Sa réforme est un moyen de parachever le système fiscal français et ainsi de répondre aux idées et aux valeurs d’égalité de 1789. Il met en garde contre le risque de sécession des plus riches, tentés d’échapper à la solidarité nationale. Pour Philippe Aghion, professeur au Collège de France, la question de la contribution des plus riches est très importante, mais elle ne doit pas entraver l’innovation. La priorité reste l’efficacité économique : taxer mal, c’est risquer de brider l’innovation et de faire fuir les talents alors que la concurrence mondiale fait rage. Enfin parce que cet échange a fait émerger des positions nouvelles : Gabriel Zucman ouvrant la porte à un traitement spécifique pour les patrons de start-up sans liquidités, Philippe Aghion avançant ses propres contre-mesures.

Le texte ci-dessous est issu de l’enregistrement du débat modéré par Frédéric Mazzella (co-président de France Digitale) et Maya Noël (directrice générale). Challenges l’a retranscrit, édité, légèrement coupé et restructuré, pour un meilleur confort de lecture.