L’Érosion de la Souveraineté et la Faillite Stratégique
L’analyse du Général Coustou ne s’arrête pas à la diatribe. Elle se structure autour d’une dénonciation méthodique d’un affaiblissement progressif et systémique de l’État français. Il accuse l’exécutif d’avoir « rogné la souveraineté française », d’avoir exposé le pays à des risques extérieurs inconsidérés et d’avoir fragilisé les piliers mêmes de l’appareil républicain. Pour lui, il ne s’agit plus d’« erreurs isolées », mais d’un « enchaînement de choix stratégiques discutables » dont les effets sont ressentis partout, de l’armée à la diplomatie, de l’économie à la cohésion sociale.
Le conflit en Ukraine est, à ses yeux, un révélateur brutal de ces « failles beaucoup plus profondes ». La France aurait agi sans boussole, sans « vision claire », se laissant dicter sa conduite par des « impulsions ou des pressions extérieures » au lieu de bâtir une stratégie « souveraine construite autour des intérêts nationaux ». Il dénonce le fait d’avoir participé à des décisions aux lourdes conséquences, parfois sans la « consultation démocratique suffisante », et d’avoir pris des « risques disproportionnés pour un pays déjà fragilisé ».
Mais au-delà de la doctrine militaire et diplomatique, le général s’inquiète d’une « perte d’identité » et d’un « détachement croissant entre dirigeants et citoyens ». Il insiste sur l’idée que la menace est désormais intrinsèque, provenant d’un pouvoir qui aurait perdu « le sens des priorités nationales ». Il rappelle solennellement qu’un soldat, même à la retraite, a un devoir de vigilance. Une phrase, lourde de sens, prend alors une dimension quasi-insurrectionnelle : le soldat « n’est pas tenu d’obéir à un ordre qu’il juge manifestement contraire à la loi ou à l’intérêt supérieur du pays ».
La Riposte Politique : Une Sanction « Infamante » et Son Contre-Attaque
C’est cette parole libérée, ce refus de l’obéissance aveugle, qui a conduit à la sanction. Quelques heures après ses déclarations chocs, le général Coustou a appris sa « radiation des cadres par mesure disciplinaire » via un décret daté du 17 avril. L’homme qui a dédié sa vie à la protection de la France se voit désormais retirer son statut.

Il révèle les détails amers de cette mesure. Concrètement, la radiation implique la perte de sa carte d’identité militaire, l’interdiction de « porter l’uniforme » — l’honneur suprême d’un militaire — et la suppression de ses avantages, comme la carte de réduction SNCF. Plus que le manque à gagner, la sanction est surtout « infamante ». Elle cherche à effacer un passé de service, à faire « table rase » d’un engagement total.
Le général dénonce sans équivoque une « entourloupe » politique. Il était en « deuxième section » (2S), statut qui impose un devoir de réserve jusqu’à 67 ans. Or, techniquement, il était à la retraite. Il estime que l’étiquette 2S lui a été « collée sur la bouche » pour l’astreindre au silence, alors qu’en passant à la retraite complète, il aurait dû bénéficier d’une « totale liberté d’expression » en tant que citoyen. Comparant la situation aux magistrats — qui ont appelé à ne pas voter pour un candidat lors de la dernière présidentielle sans être sanctionnés —, il affirme que l’objectif est clair : « nous, on veut nous faire taire »
