Ce qui m’inquiète, c’est de voir le niveau [de mathématiques des Français et Françaises] progressivement baisser ». Mercredi, devant le Sénat, Olivier Andriès, directeur général de Safran, a tiré la sonnette d’alarme. Selon lui, cette baisse constitue une « bombe à retardement » pour l’économie française, susceptible de provoquer une pénurie d’ingénieurs.
Le patron de ce grand groupe industriel et technologique français a-t-il raison de s’inquiéter ? « Je ne serai pas alarmiste mais il faut être vigilant », nuance Elise Janvresse, directrice adjointe scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions (Insmi) du CNRS. « Les maths ne servent pas qu’à ceux qui en font leur métier. Elles sont indispensables pour comprendre les graphiques, les données, avoir du recul face aux sondages, et plus largement le monde qui nous entoure », appuie-t-elle.
Un regret partagé par des milliers de Français
Cette perception ressort clairement de la grande consultation du CNRS menée l’an dernier, à laquelle 33.000 personnes ont participé. L’objectif ? Mieux comprendre les attentes et les freins liés à l’apprentissage des mathématiques. « Beaucoup ont exprimé le regret de ne pas avoir compris plus tôt l’utilité des maths et disent aujourd’hui combien ce manque peut être limitant. Nombre d’entre eux souhaitent même reprendre cet apprentissage », rapporte Elise Janvresse.
Pour elle, la réforme qui a supprimé les mathématiques du tronc commun au lycée a poussé les élèves à décrocher. D’après la directrice adjointe scientifique, l’idéal serait d’avoir un intermédiaire – l’équivalent de l’ancienne spécialité du bac ES –, pour que tous les élèves fassent des mathématiques jusqu’au bout de leur scolarité.
