Le trésor intouchable du Liban
À un moment donné, la valeur des réserves d’or du Liban a atteint 50 milliards de dollars (42,4 milliards d’euros), soit plus du double du PIB du pays.
Après des années de crise économique et de résistance à toute réforme de fond susceptible de remettre le pays sur pied, certains reposent une question sensible : n’est-il pas enfin temps de puiser dans ce filon ?
Un haut responsable du secteur bancaire a confié à l’Associated Press que certaines banques proposent de puiser dans les réserves d’or pour commencer à rembourser les déposants qui ont perdu leur argent lors de la crise monétaire du pays, ce qui reviendrait à renflouer partiellement les banques avec le seul actif public réellement viable.
Ce responsable s’est exprimé sous couvert d’anonymat, conformément aux règles en vigueur.
Le Liban a interdit la vente de son or en 1986, en pleine guerre civile, afin de protéger les actifs de l’État dans une période d’extrême instabilité.
Ces réserves d’or n’ont jamais été entamées, ni après la fin de la guerre civile de quinze ans en 1990, ni après les multiples conflits avec Israël.
Certains économistes suggèrent d’utiliser un faible pourcentage de ce stock, parallèlement à des réformes de grande ampleur, pour remettre en état le secteur électrique moribond du Liban ou redonner vie au système public d’éducation et de santé, dévasté, dans l’intérêt général.
Le Parlement devrait voter pour autoriser, sous quelque forme que ce soit, l’utilisation des réserves d’or. Une mesure largement impopulaire, jugée improbable à court terme, d’autant que des élections législatives se profilent.
Lorsque la question de l’or a été évoquée lors d’une séance la semaine dernière, le président de la Chambre, Nabih Berri, est rapidement intervenu pour clore la discussion. « Pas envisageable », a-t-il tranché sèchement.
Un projet de loi sur le comblement du déficit financier, qui doit définir un cadre pour le remboursement d’une partie des pertes des déposants, est enlisé au Parlement, sur fond de débat sur la répartition des pertes : doivent-elles être assumées par des banques exsangues, peu enclines à rendre des comptes, ou par un État surendetté et dispendieux ?
La plupart des Libanais se méfient des autorités, qui repoussent depuis des années la mise en œuvre de véritables réformes pour lutter contre la corruption, réduire le gaspillage et améliorer les services publics. Au vu de ce bilan, beaucoup estiment que l’or doit rester intact pour les générations futures.
