« Nos corps paient le prix » : en Patagonie, les pompiers défient feux et austérité

Un coup de tronçonneuse dans l’État

Les coupes budgétaires drastiques de Milei ont stabilisé une économie argentine en crise et fait reculer l’inflation annuelle de 117 % en 2024 à 31 % l’an dernier, son plus bas niveau depuis huit ans.

Ses croisades contre l’« obésité » de l’État et la culture « woke » l’ont rapproché du président américain Donald Trump, dont la guerre contre la bureaucratie fédérale a, elle aussi, eu des répercussions sur la recherche scientifique et les programmes de réponse aux catastrophes.

Après que Trump a annoncé l’an dernier que les États-Unis se retiraient de l’accord de Paris sur le climat, Milei a menacé d’en faire autant. Il a boudé les sommets climatiques de l’ONU et qualifié le réchauffement d’origine humaine de « mensonge socialiste », provoquant la colère des Argentins qui constatent que les vagues de chaleur et la sécheresse records, symptômes d’une planète qui se réchauffe, alimentent les incendies en Patagonie.

« La colère monte. Les gens ici sont très mal à l’aise avec la politique menée dans notre pays », confie Lucas Panak, 41 ans, qui s’est entassé avec des amis dans un pick-up jeudi dernier pour aller combattre les flammes qui encerclaient la petite ville de Cholila après le redéploiement des pompiers municipaux vers d’autres foyers.

La gestion des catastrophes à l’heure de l’austérité en Argentine

Lorsque la foudre a déclenché début décembre un petit feu au bord d’un lac, dans l’extrême nord de Los Alerces, les pompiers ont peiné à intervenir, freinés par l’isolement du site et le manque d’avions disponibles pour transporter les équipes et arroser les collines.

Ce retard initial a entraîné la démission de la direction du parc et poussé des habitants à déposer une plainte pénale pour négligence lorsque le vent s’est levé et a propulsé l’incendie à travers la forêt native.

Mais pour certains experts, le problème ne réside pas dans l’inaction après le départ du feu, mais bien en amont.

« Les incendies ne sont pas un phénomène que l’on se contente de combattre une fois qu’ils se sont déclarés. Il faut les anticiper grâce à la planification, aux infrastructures et à la prévision », explique Andrés Nápoli, directeur de la FARN. « Tout le travail de prévention, si important à mener toute l’année, a été quasiment abandonné. »

En plus de réduire le budget du Service national de gestion des incendies, le gouvernement Milei a amputé l’an dernier de plusieurs dizaines de millions de dollars les crédits de l’Administration des parcs nationaux, entraînant le licenciement ou le départ de centaines de gardes, de pompiers et d’agents administratifs.

Alors que les parcs argentins accueillent chaque année davantage de touristes, les gardes forestiers affirment que ces coupes et les mesures de déréglementation compliquent la surveillance des risques d’incendie, l’entretien des sentiers et la sensibilisation des visiteurs au respect du parc. En mars dernier, le gouvernement a supprimé l’obligation de faire encadrer certaines activités touristiques, comme les treks sur glacier ou l’escalade, par des guides agréés.

« Si vous augmentez le nombre de visiteurs tout en réduisant les effectifs, vous prenez le risque de perdre le contrôle », avertit Alejo Fardjoume, représentant syndical des employés des parcs nationaux. « Les conséquences de ces décisions ne sont pas toujours immédiates, elles se feront sentir de manière cumulative, progressive. »