Le 12 juillet 2024. Anne-Laure, 54 ans, a la voix qui se brise lorsqu’elle mentionne cette date qu’elle ne peut oublier. C’est le jour où elle a reçu un courrier du département de l’Isère l’obligeant à payer 288 euros par trimestre pour l’Ehpad que vient de rejoindre « sa génitrice », comme elle la nomme. Une injonction au nom de l’obligation alimentaire, une loi datant de l’époque napoléonienne qui impose d’aider matériellement des personnes de sa famille lorsque ces dernières sont dans le besoin. Elle existe notamment entre parents et enfants, grands-parents et petits-enfants, et est activée dans la plupart des cas lorsque le parent âgé ne peut subvenir à ses besoins.
Les descendants se retrouvent alors contraints d’assumer partie ou totalité des frais de prise en charge du parent… même s’il a été défaillant, comme c’est le cas pour Anne-Laure, fille unique d’un couple aisé. Sa mère, alcoolique, a quitté le foyer tôt, la laissant seule avec père violent. Quand elle se décide à la garder durant les vacances scolaires ou les week-ends, Anne-Laure est confrontée à sa vie d’excès. « Elle faisait la fête et je dormais dans la voiture. Et quand j’étais un peu plus grande, elle me laissait seule et me réveillait quand elle rentrait, parce qu’elle avait trop bu », raconte-t-elle avec une émotion toujours vive.
A 14 ans, après « une énième salve de coups de poing dans les épaules » de la part de son père, elle se résigne à vivre avec sa mère défaillante, préférant l’absence aux coups. « Elle m’a laissé seule dans un appartement sans électricité ni chauffage pendant qu’elle vivait chez un de ses compagnons », retrace-t-elle. En grandissant, elle tente de construire sa vie, devient mère à son tour et se bat contre ses traumatismes et des épisodes de profonde dépression. Malgré une absence de contacts avec sa « génitrice » depuis plusieurs années, c’est désormais seule qu’elle doit assumer la charge financière de cette femme qui « a failli à toutes ses obligations de mère ».
