« On a vécu l’enfer »… L’obligation alimentaire, une « double peine » pour les enfants victimes de parents défaillants

« L’âge efface, mais les victimes restent des victimes »

Des témoignages similaires, Marine Gatineau Dupré en a reçu jusqu’à des centaines par semaine. Avec Alicia Ambroise, qui se bat pour ne pas devoir subvenir aux besoins de son père emprisonné pour viol, elle a cofondé en 2024 le collectif « Les Liens en sang », qui veut faire évoluer la loi. « On n’arrive pas à imaginer que des personnes âgées puissent avoir violé, torturé, battu… L’âge efface, mais les victimes restent des victimes de leurs parents », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « C’est une double, voire triple pleine : elles ne sont pas reconnues comme victimes ; elles doivent payer pour ceux qui ont fait de leur vie un cauchemar ; et pour cela, parfois, elles doivent se priver ».

C’est la plus grande peur de Julie, Girondine de presque 40 ans. Elle a déjà été contrainte de payer 120 euros pour les frais d’Ehpad de sa « génitrice » – comme elle l’appelle aussi – et redoute que le département ne revienne à la charge. Hors de question de dépenser ses ressources – qu’elle veut consacrer aux études de ses deux enfants – pour celle qui a détruit une partie de sa vie. « On a vécu l’enfer », se souvient la benjamine d’une fratrie de trois. Elle raconte une enfance et une adolescence faite de négligences et de maltraitances psychologiques. « Nous n’avions pas d’hygiène. Parfois, nous ne mangions pas à notre faim et nous n’avions pas de vêtements à notre taille. J’étais parfois couchée à 2 heures du matin, je n’allais pas toujours à l’école », rembobine-t-elle.

« Je la vois comme un monstre »

Dès l’âge de 4 ans, la fillette est confrontée à des films pornographiques et des films d’horreur. Elle assiste également à des scènes de disputes violentes et des chantages au suicide entre ses parents, qui finiront par se séparer. A l’adolescence, sa mère lui imposera des études d’auxiliaire de vie, métier qu’elle déteste.

Malgré les violences psychologiques, les dettes contractées au nom des enfants et l’argent qu’elle leur a volé, Julie continue de garder un lien avec sa mère durant des années. « J’ai toujours espéré qu’elle change », confie-t-elle, après avoir suivi une thérapie. Après le placement en Ehpad de sa mère en 2023, elle continue d’aller la voir, jusqu’au jour où elle ne peut plus lui faire face. « Dans mes rêves, je ne la vois plus humaine, je la vois comme un monstre ». Comme une épée de Damoclès, la quadragénaire redoute aussi de devoir un jour subvenir aux besoins de son « géniteur », qu’elle ne voit plus et qui a une « petite retraite ».