L’arène politique française est habituée aux joutes verbales, mais ce qui s’est déroulé récemment lors de la commission d’enquête parlementaire sur l’attribution des fréquences TNT restera gravé dans les annales. Ce n’était pas seulement une audition technique, c’était un choc des mondes, une confrontation frontale entre l’un des hommes les plus puissants de France, Vincent Bolloré, et les figures de proue de la France Insoumise (LFI), Louis Boyard en tête. Au-delà des questions de pluralisme, c’est un véritable procès d’intention qui s’est transformé en une démonstration de force rhétorique, laissant les détracteurs du milliardaire face à leurs propres contradictions.
Le contexte est désormais bien connu. La NUPES, sous l’impulsion de députés comme Louis Boyard et Adrien Quatennens, a lancé cette commission avec un objectif clair : démontrer que l’empire médiatique de Vincent Bolloré, incluant CNews, C8 et Canal+, est un vecteur de propagation des idées d’extrême droite. Pour la gauche radicale, Bolloré n’est pas qu’un patron de presse, c’est un idéologue qui sélectionnerait ses intervenants pour orienter l’opinion publique. Pourtant, cette accusation semble occulter une réalité plus nuancée, voire ironique : c’est sur ces mêmes chaînes, et notamment dans l’émission “Touche pas à mon poste” (TPMP) de Cyril Hanouna, que Louis Boyard a fait ses premières armes médiatiques avant d’être élu à l’Assemblée nationale.
Lors de son passage devant la commission, Vincent Bolloré a adopté une posture de calme olympien, contrastant avec l’agitation de ses interlocuteurs. L’un des moments les plus marquants de cette audition fut sans doute celui où le milliardaire a rappelé, avec une pointe d’ironie, que la diversité des opinions au sein de son groupe était bien réelle. Pour illustrer son propos, il a jeté un pavé dans la mare en mentionnant la sortie du livre de Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT. Intitulé “Les jours heureux”, l’ouvrage est publié aux éditions Grasset. Le détail piquant ? Grasset appartient à la “galaxie Bolloré”.
Cette révélation a jeté un froid polaire sur les bancs de la gauche. Comment Sophie Binet, qui multiplie les déclarations incendiaires contre Vincent Bolloré en l’accusant de financer l’extrême droite, peut-elle justifier le fait d’être publiée par l’une de ses maisons d’édition ? Cette situation met en lumière un paradoxe flagrant : la lutte contre le “grand capitalisme” semble s’arrêter aux portes des contrats d’édition et des intérêts personnels. C’est ce que les observateurs n’ont pas manqué de souligner : la rhétorique de combat se heurte souvent à la réalité des affaires et de la visibilité médiatique.
L’audition a rapidement pris les airs d’un tribunal populaire. Les 30 députés de la commission, dont la moitié est issue de la NUPES, ont tenté de pousser Vincent Bolloré dans ses retranchements. Mais le chef d’entreprise a su retourner l’argument du pluralisme contre ses accusateurs. En rappelant que ses chaînes emploient des personnalités de tous bords, y compris des figures historiquement marquées à gauche comme Cyril Hanouna, il a mis en exergue ce que beaucoup perçoivent comme une “chasse aux sorcières” idéologique plutôt qu’une quête de vérité médiatique.
Le cas de Louis Boyard est particulièrement emblématique de cette tension. Ancien chroniqueur de TPMP, il se retrouve aujourd’hui dans la position de celui qui veut faire interdire ou sanctionner les fréquences de ceux qui l’ont aidé à accéder à la notoriété. Cette volte-face, bien que courante en politique, a été soulignée par Vincent Bolloré comme une forme d’ingratitude ou, au mieux, d’incohérence tactique. La commission, censée vérifier si le pluralisme est respecté, est apparue à bien des égards comme une plateforme de communication politique pour des députés en quête de visibilité, transformant une procédure sérieuse en un spectacle de réseaux sociaux.

